Quelle course ! C’est d’abord Marie-Madeleine qui court avertir les apôtres, ensuite ce sont Pierre et l’autre disciple qui courent au tombeau ! (Vous connaissez certainement ce célèbre tableau d’Eugène Burnand). Vous avez dû remarquer que l’on ne dit pas qui est l’autre disciple, sans doute parce que cela peut être chacun de nous. Cet autre disciple on dit qu’il est aimé de Jésus. Etant peut-être le plus jeune, c’est lui qui arrive le premier, mais est-ce par respect pour Pierre ? Il se penche, il voit, mais il n’entre pas. Pierre qui le suit, arrive enfin. Plein de fougue, il entre directement dans le tombeau, regarde et ne comprend pas. Comment l’aurait-il pu d’ailleurs car pour comprendre la résurrection, pour saisir un tel mystère, il faut d’abord, comme l’autre disciple, s’arrêter. Il faut sans doute prendre du temps. La foi c’est tout un chemin à parcourir, le chemin d’une vie. Cet autre disciple que Jésus aime et qui est chacun d’entre vous. Il entre dans le tombeau, mais pour y voir quoi ? C’est la question que je vous pose : qu’ont donc vu Pierre et l’autre disciple. Qu’ont-ils vu dans le tombeau ?
La même chose, c’est-à-dire absolument rien ! Bien sûr ! Ils n’ont rien vu puisque le tombeau était vide ! Et ce disciple qui était arrivé le premier, vous savez, ce disciple qui nous ressemble tant, celui qui est l’un de nous, et bien l’évangile nous dit de lui quelque chose de très étonnant et de paradoxal : « il vit et il crut » (Jean 20, 8). Ceci est absolument fondamental : pour croire, il faut ne rien voir ! C’est une condition absolue et nécessaire à la foi.
Si la résurrection de Jésus avait été de l’ordre d’une constatation visuelle incontestable, il est probable que nous ne serions pas là ce matin, parce qu’il y a bien longtemps que cette nouvelle aurait été acquise par tous, puis oubliée, rendue archaïque par le temps, sans goût ni saveur. La résurrection de Jésus n’est pas un prodige évident. Si elle l’était, où serait la liberté de la foi, et la foi serait-elle, même, nécessaire ? C’est précisément parce qu’il n’y a rien à voir que m’est offerte, que m’est ouverte la possibilité de croire, c’est-à-dire de mettre toute mon espérance et ma confiance non pas dans une croyance en quelque chose, mais dans une personne : le Christ à jamais vivant. C’est quand il n’y a rien à voir que peut naître et circuler la foi. C’est pourquoi aujourd’hui, dans notre vie de croyant, je suis convaincu que nous ne sommes pas moins bien placés que ces premiers disciples : parce que comme eux, nous voyons une absence et pourtant elle est ardente, elle permet un élan intérieur, elle amorce notre désir d’être témoin de la résurrection. Certains disent : « circulez, y-a rien à voir ! » Eh bien en Eglise, nous devons dire : « croyez, y-a rien à voir ! »
Franck Gacogne